La présidence a autorisé un arrêt des poursuites contre l’ancien ministre de l’Eau et de l’énergie. Il est incarcéré depuis mars 2018 dans le cadre de l’opération anticorruption Épervier.

Selon toute vraisemblance, l’ancien directeur général de la Camwater poursuivi pour « détournement de derniers publics en coaction ». Mais aussi « complicité » des mêmes faits et « émigration clandestine » pourrait en effet bientôt recouvrer la liberté dès le 9 février. La présidence a autorisé un arrêt des poursuites contre l’ancien ministre de l’Eau et de l’énergie. Il est incarcéré depuis mars 2018 dans le cadre de l’opération anticorruption Épervier. Cette étonnante volte-face de l’exécutif camerounais, qui avait fait des proies de l’opération Épervier des exemples de sa rigueur dans la lutte contre la corruption, a été révélée par une note confidentielle qui circule sur les réseaux sociaux. Dans ce document daté du 2 décembre 2020, le secrétaire général à la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, demande au ministre de la Justice, Laurent Esso, « d’informer le président du Tribunal criminel spécial (TCS), le procureur de la République et le ministre des Finances de ce que le président de la République a marqué son accord pour un arrêt des poursuites, ainsi qu’à la mise en œuvre des modalités pratiques de reversement au Trésor public des fonds détournés cantonné dans les comptes bancaires de l’intéressé Atangana Kouna, au montant arrêté par le juge d’instruction ».

Fugitif

Arrêté au Nigeria il y a près de trois ans, Basile Atangana Kouna avait été ramené au Cameroun manu militari ensuite placé en détention. Ce haut responsable, accusé de « détournement » et « violation des dispositions du Code des marchés public », était cité dans cette affaire au même titre que Jean William Sollo, son successeur à la tête de la Cameroon Water Utilities (Camwater). De même que quatre autres prestataires : René Martin Mbida, Jean Parfait Koe et Jean Dieudonné Mah. Il lui était entre autres reproché d’avoir mis sur pied en coaction une « société écran » dénommée Aspac Cemac Sarl pour sous-traiter malhonnêtement un contrat commercial d’environ 40 milliards de F CFA conclu en novembre 2009 entre la Camwater et l’entreprise belge Aspac International. Au tribunal, l’ancien membre du gouvernement et ses coaccusés s’étaient dits disposés à rembourser les sommes visées par la prévention. Soit près de 1,2 milliard de F CFA. Le 23 septembre 2019, il avait ainsi signé au profit de l’État un ordre de virement d’un montant de 125 millions de F CFA depuis son compte de la BGFIBank. Il avait aussi proposé de prélever la somme de 1,1 milliard de F CFA dans son coffre-fort, logé dans le même établissement.

Le grain de sel de Ferdinand Ngoh Ngoh

Au cours de l’audience du 9 juin 2020, le ministère public s’était dit favorable à cette proposition, à l’inverse des avocats de l’État du Cameroun et de ceux de la Camwater, qui s’y étaient opposés. L’ensemble des comptes et des biens d’Atangana Kouna ayant fait l’objet d’une saisine de la part des autorités. L’avocat du ministère des Finances, Me Ndjindam Chankou, avait indiqué que « la requête évoquait simultanément la mainlevée partielle des comptes d’Atangana Kouna et la restitution du corps du délit ». Or, selon l’avocat, le texte encadrant la restitution des fonds ne donne aucune prérogative au juge sur ce point. En dépit d’une nouvelle audience qui s’était tenue le 29 octobre, la proposition de remboursement d’Atangana Kouna était restée sans suite jusqu’au 2 décembre. Le jour où la note de Ferdinand Ngoh Ngoh a rebattu les cartes.

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