Selon une étude menée il y a une quinzaine d’années par une équipe de chercheurs conduite par l’anthropologue Charly Gabriel Mbock, les pouvoirs publics ne prennent pas assez en compte les données scientifiques lors de l’élaboration des programmes de développement.

Les Camerounais vivent actuellement avec la hantise d’un confinement à cause de la montée des contaminations au Covid-19. Les pouvoirs publics multiplient la sensibilisation pour encourager la population à respecter les mesures barrières. La question était également au menu de la rentrée scientifique du ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (Minresi), le 24 février 2021, sous le thème « Recherche Scientifique et riposte endogène aux maladies émergentes et ré-émergentes : défis et perspectives ». Dans son discours d’orientation, le Minresi, Dr. Madeleine Tchuinté a fait le bilan de l’année 2020, marquée par le plan de riposte gouvernemental anti Covid-19.Dans le cadre du Fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques sociales, le Minresi a reçu une dotation de 6,1 milliards de Fcfa en 2020 dont 100 millions de Fcfa affectés au « renforcement de la collaboration entre naturopathes et personnel soignant pour le développement et la certification des produits traditionnels ». C’est donc avec curiosité que le public s’est intéressé à l’édition 2021 de rentrée scientifique. Question de découvrir le fruit du génie camerounais en la matière. Ce d’autant plus que dans son discours à la nation, le 19 mai 2020, le président Paul Biya a encouragé la piste des solutions endogènes : «J’encourage également tous les efforts visant à mettre au point un traitement endogène du Covid-19 », a-t-il dit. A l’heure où le gouvernement planche sur la stratégie à mettre en œuvre dans la perspective du début de la campagne de vaccination anti Covid-19, on a de la peine à situer les « solutions endogènes » dans le plan gouvernementale de riposte contre cette pandémie. Le Cameroun semble coutumier du fait, si l’on en croit les travaux d’une équipe de recherche coordonnée par l’anthropologue Charly Gabriel Mbock. Pendant trois ans, Charly Gabriel Mbock, Marie-Laure Ngo-Mpeck, Dorothée Kom, Joseph-Marie Zambo Belinga ont passé au peigne fin l’ensemble des études réalisées au Cameroun pour d’établir un pont entre la recherche en sciences sociales et les décideurs politiques.

Des chercheurs qui trouvent…

Sur un échantillon de 200 acteurs, répartis en trois catégories : 100 chercheurs, 50 décideurs, 50 bailleurs de fonds /commanditaires, « 80 % des chercheurs interrogés affirment que les résultats de leurs travaux ne sont pas pris en compte par les décideurs. Sur les 33 études les plus significatives, 9 seulement ont inspiré des décisions connues des chercheurs. Ces 9 études ne représentent qu’environ 8 % des 120 études répertoriées pour la décennie 1990-2001 », révèle l’étude «utilisation des résultats de la recherche dans l’action publique au Cameroun.» Pourtant et fort paradoxalement la majorité des chercheurs interrogés appartiennent à des institutions publiques. D’ailleurs, ces études sont en majorité orientées vers l’action publique et les questions de développement (62 %). Seulement 25 % sont académiques, et 9 % purement théoriques. Plus intrigant, souligne l’étude, les décideurs sont unanimes à reconnaître que toute action publique gagne en efficacité chaque fois qu’elle est précédée ou inspirée d’une étude. Ils estiment notamment que « les recherches sont utiles pour des besoins de planification, d’objectivité, de clairvoyance, de participation et de gouvernance, d’économie de moyens, de réalisme et de prospective. » Les trois-quarts environ de ces études recommandent des modifications, soit au plan des structures, soit au plan des procédures. Certaines concluent à l’urgence d’un changement de système (administratif, comptable, législatif, réglementaire, etc.). Malheureusement, « seules 34 % des études débouchent sur des changements administratifs effectifs », se désolent Charly Gabriel Mbock et ses collègues.

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