Ces dernières semaines au Cameroun, de nombreuses vidéos à caractère sexuel ont été tournées par des élèves et se sont retrouvées sur la Toile. Face à la pornographie, l’alcool et la drogue en milieu scolaire, des spécialistes de l’éducation tirent la sonnette d’alarme.

Au Cameroun, il ne se passe presque plus un mois sans un nouveau scandale impliquant des élèves d’établissements scolaires. L’un des derniers en date remonte au 15 mars. Les faits se sont déroulés à Yaoundé, au quartier Ekounou. Une dizaine d’élèves ont été arrêtés par la police alors qu’ils se livraient à des actes à caractère sexuel et à la consommation de drogue, dans un domicile privé. La police a établi qu’il y avait eu une coordination préalable, via les réseaux sociaux, pour qu’ils se retirent à une heure de pause de l’école et se retrouvent dans cet endroit. Depuis le 1er mars, une vidéo érotique devenue virale tournée par une dizaine d’élèves de la classe de terminale du lycée bilingue de Kribi dans le sud du pays fait aussi le tour des réseaux sociaux. Profitant d’une heure creuse, ils se sont laissés aller à des scènes à caractère pornographique. Une séquence, partagée des milliers de fois sur la Toile, montre certains de ces élèves en train de consommer des stupéfiants.

L’éducation en question

Dans tout le pays, ces images choquent et suscitent des interrogations. Armand Noutack II, professeur au lycée classique de Bafoussam (Ouest), regrette des incidents qui ternissent l’image de l’Éducation camerounaise. «La vidéo de Kribi vient juste compléter la longue liste des actes violents (violence psychologique, violence physique) dans nos établissements scolaires, c’est la preuve même que l’éducation des enfants dans les familles aujourd’hui est un échec retentissant», tempête-t-il au micro de notre reporter. Même son de cloche du côté de Junior Bertaud Ngodjo, professeur et surveillant général à Mfida, dans le Centre du pays. Il dénonce une jeunesse «mal inspirée», abandonnée à elle-même. «Les jeunes s’informent à travers les réseaux sociaux et copient servilement ce que leurs pairs d’ailleurs font. Aidés de la drogue et des stupéfiants, ils en arrivent à des déviances comme celles qu’on voit sur ces vidéos». Par ailleurs, de plus en plus d’agressions en milieu scolaire sont recensées. Courant 2020, au lycée de Nkolbisson à Yaoundé, un élève de classe de quatrième âgé de 17 ans a mortellement poignardé son enseignant de mathématiques. Il reprochait à ce dernier le fait de lui avoir demandé de quitter la salle pour avoir séché son interrogation. Des faits qui pour Amand Noutack II doivent être mis sur le compte du laxisme des parents et de la légèreté des enseignants. «Le milieu scolaire est rattaché au milieu familial, l’enfant ne sort pas de la planète Mars pour arriver à l’école, il sort d’une maison. Lorsque l’éducation en famille est manquée, il devient difficile pour l’enseignant de redresser la barre. J’accuse aussi le corps enseignant dans cette chute des mœurs dans nos établissements scolaires. Certains enseignants sont devenus de véritables prédateurs sexuels sans scrupules. Ils commencent la « chasse » parfois dès la classe de 5e, ce qui contribue à diluer l’autorité de l’enseignant en milieu scolaire et l’élève pense qu’il a désormais tous les droits», opine-t-il.

A quand les états généraux de l’éducation ?

Il est urgent que chacun prenne ses responsabilités: l’État à travers les services sociaux doit rappeler les parents à l’ordre et sanctionner, éventuellement. Les parents doivent cesser d’être de simples géniteurs pour devenir des parents au sens premier et plein du terme. Les enseignants doivent avoir les moyens adéquats de travail ainsi que les coudées franches. L’explosion de la délinquance et de la criminalité dans les établissements scolaires au Cameroun est, selon plusieurs observateurs avertis, l’expression d’un laisser-aller qui a pris racine dans la société camerounaise. Il faut dès lors repenser l’éducation des jeunes à l’ère de la mondialisation. Pareilles pratiques mettent en péril le système éducatif camerounais. Il faut, pour inverser la courbe de la délinquance juvénile, régler le problème à la souche. Cela passe par la préparation des enfants à vivre leur adolescence, promouvoir la santé comme hygiène de vie, instaurer une éducation aux stupéfiants. Si cela n’est pas fait en amont, réagir à coups de répression et punition ne résoudra pas le problème. Cet appel rejoint celui, récurrent, de nombreux observateurs appelant à lancer les états généraux de l’éducation nationale. Un rendez-vous qui réunira toutes les parties prenantes et pourra, dès lors, déboucher sur des reformes salutaires et contribuer à redorer le blason de l’éducation au Cameroun.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *