Dans ses perspectives sur l’économie africaine en 2021, la Banque africaine de développement (BAD) souligne le caractère « préoccupant » du « niveau de la dette publique du Cameroun », pays qui a pourtant bénéficié, en 2006, de l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE). En effet, après avoir tiré les dividendes de cette facilité ayant permis au Cameroun de réduire substantiellement sa dette vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux, le pays a renoué avec un endettement jugé rapide.

« L’encours de la dette publique est passé de 12% du PIB en 2007 à 45,8% du PIB (environ deux tiers de la dette étant extérieure et un tiers, de la dette intérieure) en septembre 2020 », fait remarquer la BAD, dont les chiffres révèlent ainsi un quasi quadruplement de la dette publique du Cameroun en l’espace de 13 ans. De ce fait, souligne la BAD, « le Cameroun présente les caractéristiques d’un pays à haut risque de surendettement ». De ce fait, les efforts de développement du pays pourraient être compromis, ses ressources servant désormais davantage à rembourser ses créanciers, comme ce fut le cas avant l’initiative PPTE. « À partir de 2018, le règlement de la dette publique tant intérieure qu’extérieure a occupé plus de place dans la marge de manœuvre disponible, avec un léger ralentissement de l’investissement public », fait observer la loi de finances 2021. À titre d’illustration, selon les documents budgétaires, le service de la dette du Cameroun a augmenté de 727,5 milliards de FCFA en 2017 à 1027 milliards en 2018 alors que l’investissement public lui repliait de 1 586,9 milliards à 1291,5 milliards sur la même période. À en croire la BAD, ce risque de surendettement et ses corollaires pourraient bien se réaliser au cours des prochaines années, en raison de « la nécessité de soutenir la reprise économique en 2021 et de réaliser les grands projets structurants envisagés dans la nouvelle Stratégie nationale de développement 2020-2030 ». Au demeurant, ces récriminations autour de l’endettement rapide du Cameroun, après l’initiative PPTE de 2006, ont toujours été minimisées par les autorités locales. Selon les pouvoirs publics, avec un niveau d’endettement représentant 45,8% du PIB à fin septembre 2020 (10 164 milliards de FCFA en valeur absolue), le pays reste largement en dessous du seuil de tolérance admis dans la zone Cemac, qui est de 70% du PIB. Par ailleurs, font remarquer les autorités publiques camerounaises, la courbe ascendante prise par l’endettement public ces dernières années est consécutive aux ambitions de développement des infrastructures dans le pays. En effet, dès 2012, le pays s’est lancé dans un vaste chantier de construction d’infrastructures, dans le cadre du septennat des « grandes réalisations » (barrages hydroélectriques, pont sur le Wouri, routes nationales, port de Kribi, routes transfrontalières, etc.). Puis, sont venus les projets d’infrastructures du Plan d’urgence triennal (Planut) et de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football 2019, finalement reprogrammée au début de l’année 2022.

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