S’il ne subsiste plus aucun doute dans l’esprit de l’opinion publique camerounaise sur le rôle néfaste, voire funeste que le ministre d’Etat Secrétaire général de la présidence de la République a joué dans la construction des infrastructures sportives devant abriter de la prochaine Can, ses multiples interférences passées dans la chaine de la riposte contre le Covid-19 qui auraient plus ou moins grippé la machine laissent penser que les populations doivent désormais s’attendre au pire. Les véritables enjeux étant la lutte pour le fauteuil du chef, Ne pouvait-on pat faire mieux ? ‘’Les mêmes causes produisent les mêmes effets’’, a-t-on coutume de dire.

Le ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République (Sg/Pr) est le nouvel ordonnateur du Fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques et sociales. Ainsi en a décidé le président de la République, Paul Biya, qui vient de créer une Task-Force COVID-19, logée au palais de l’Unité et placée sous la coordination de son plus proche collaborateur. Cette évolution est loin d’être anodine. Alors que de forts soupçons de malversations financières entourent la gestion de la pandémie, soupçons pour lesquelles le chef de l’État aurait d’ores-et déjà instruit l’ouverture d’une enquête judiciaire, cette décision est un cinglant désaveu pour le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, qui pilotait la riposte depuis mars 2020. Toutefois, elle est loin d’être bien perçue par une partie de l’opinion si l’on s’en tient à l’histoire récente des Task-Forces dans le pays. Une telle structure placée sous la coordination du Sg/Pr avait été créée par le président de la République en 2016 pour superviser les chantiers de la Coupe d’Afrique des nations (Can) 2019, veiller sur la régularité des marchés y relatifs, des offres techniques et financières, etc.

Surfacturations

Mais au bout du compte, outre le retard pris dans l’exécution  desdits chantiers, retard à l’origine du retrait de la compétition au Cameroun et qui sont loin d’avoir été rattrapés à huit mois du démarrage effectif de la Can reprogrammée en 2021 puis en 2022 en raison de la survenue du coronavirus, la presse et les organisations de la société civile avaient révélé un énorme scandale financier sur fond de surfacturations à outrance et des détournements de fonds publics d’environ 1000 milliards Fcfa autour de ces projets. Aucune enquête officielle n’a jamais été ouverte pour faire la lumière sur ces graves accusations, ce qui fait craindre que les mêmes causes ne finissent par produire les mêmes effets. Par ailleurs, cette Task-Force n’a jamais fait son bilan. À propos, quand quelqu’un pose la moindre question, on lui rétorque que : « vous ne voyez pas que le Cameroun a déjà beaucoup de stades? ».

Fonds Covid-19 : le maitre d’ouvrage

Dans la foulée de l’attente de voir les poursuites judiciaires que le président de la République Paul Biya demande à Laurent Esso d’ouvrir contre les gestionnaires supposés indélicats ou non, il importe de préciser que le Minetat/Sgpr a régulièrement donné des orientations, établi des comptes d’emploi, des destinations vers lesquelles devraient être dépensés certains fonds affectés à la lutte contre la Covid-19. La partie n’est donc pas gagnée d’avance car dans plusieurs des cas, certains membres du gouvernement et gestionnaires des administrations publiques n’étaient que des paravents, des faire-valoir et des gestionnaires délégués recevant des hautes directives et instructions de la présidence de la République. Paul Biya était-il toujours l’ordonnateur de ces directives ? Difficile de démêler l’écheveau. On est fondé à déduire que la présidence de la République a encouragé l’esbroufe, le management de l’opacité dans une gestion des affaires publiques où tout le monde n’a pas la culture de la redevabilité et de la reddition des comptes. Le sérail semble d’ailleurs surpris parce que cette fois, il s’agit des fonds Fmi. Quelques illustrations de la mainmise de la présidence sur la gestion opérationnelle des ministres et administrations publiques, révèlent à quel point cette gestion a été torpillée par une abondante série d’échanges et des correspondances entre le Minetat/Sgpr Ferdinand Ngoh Ngoh et le Sg/Pm Séraphin Magloire Fouda.

Sur très hautes instructions du chef de l’Etat

Le 09 avril 2020. Le Minetat/Sgpr au Sg/Pm adresse une correspondance frappée de la mention très Urgent. Objet: proposition en vue de la fabrication de l’hydroxychloroquine, de l’Azithromycine et certains matériels de dépistage du Covid-19 « J’ai l’honneur de vous faire connaître Monsieur le président de la République a marqué son très haut accord aux propositions du ministre de la recherche scientifique et de l’innovation (Miinresi), contenues dans sa correspondance d’objet et de référence rappelés en marge ». Sont listées: la fabrication de 5 millions comprimés d’hydroxychloroquine et de 5 millions de comprimés d’azithromycine, par l’Institut de la recherche médicale (Impm), pour un coût massif de 657.088.524 Fcfa, L’acquisition de 50.000 tests pour le dépistage massif par le laboratoire du centre de recherche sur les maladies émergentes et réémergentes (Cremer), pour un coût de 300.000.000Fcfa ;la fabrication de masques de protection et de gel hydro-alcoolique par le centre national de développement et de technologie (Cndt),pour un coût de 55.001.000 Fcfa. « Vous voudrez bien prendre les dispositions nécessaires, en liaison avec le Miinresi, le Minsanté, et le Minei pour la coordination de ses trois opérations, en veillant au respect scrupuleux des normes et qualité en matière de santé publique, en étroite collaboration avec le Laboratoire National de ( Médicaments des Contrôle Lanacome)et avec la Direction de la Pharmacie, du Laboratoire et des Médicaments du Minsanté. Urgence particulièrement signalée », écrit Ferdinand Ngoh Ngoh. Il appert à l’analyse de ce document par exemple que le Minetat/Sgpr a lui-même géré et réparti la dépense. il n’existe nulle part les traces ministères techniques concernés. Difficile dans ce cas de demander des justificatifs à ces membres du gouvernement. Le Minetat/Sgpr Ferdinand Ngoh Ngoh ne s’est pas arrêté là. Quelques jours après le 14 avril 2020. Le payeur spécialisé du ministère des finances au directeur de l’institut des recherches médicales et des plantes médicinales (Impm). Objet: mise à disposition des ressources pour la fabrication de la chloroquine en vue du traitement du Covid-19. « Suite aux hautes instructions du ministre Sgpr, relayées par le Minfi, J’ai l’honneur de vous informer qu’une Somme de fcfa 657 088 524 (six cent cinquante-huit quatre-vingt et huit mille cinq cents vingt et quatre francs) a été mise à votre disposition cette semaine pour l’objet porté en marge. Vous voudrez bien adresser à la paierie spécialisée du Miinsante les différentes factures relatives à l’objectif porté en marge pour règlement » une fois de plus on voit bien la mainmise du Minetat/Sgpr qui par le biais du ministère des Finances oriente et ordonne dans le budget des fonds Covid-19 qui devait être géré par les ministres techniques. Autre interférence. En date du 12 avril 2020. Le Directeur général de l’Impm, au payeur spécialisé auprès du ministère de la santé publique .Objet: mémoire de dépenses et factures des ressources mises à la disposition de la fabrication de la chloroquine en vue du traitement du Covid-19 « Madame le payeur, J’ai l’honneur de vous faire parvenir le mémoire des dépenses et les factures de 657 000 000 FCFA mise à la disposition de l’Institut de Recherche Médicale et des Plantes Médicinales. L’hydroxychloroquine : 333 300 000 Francs CFA d’Azithromycine : 269 054 000 francs CFA. Le conditionnement, le contrôle de qualité, le transport par avion-cargo et d’autre dépense de fonctionnement dont les factures en court vont vous parvenir », écrit le directeur. Dans plusieurs des ministères éligibles aux fonds affectés à la riposte du il s’observe ce genre Covid-19, d’immixtion et d’interférence qui montre que la présidence de la République a vendu la chèvre en gardant la corde. Officiellement des budgets étaient affectés aux départements ministériels, mais les chefs des départements ministériels concernés regardaient impuissants et dociles, les instructions venir d’en haut.

Source revue du Patriote

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