Alors que les solutions de suivi de la production locale sont toujours censées atténuer les goulots d’étranglement sur le marché, les autorités en charge de la promotion du secteur choisissent, curieusement, d’investir près de 10 milliards de francs CFA dans l’importation de produits aviaires du Brésil.

Qu’adviendra-t-il du secteur avicole au Cameroun? Tout le monde parle de la question. Après avoir longtemps entretenu l’incertitude quant à l’existence d’une pénurie de poulet sur le marché, le gouvernement vient de lever tout soupçon de ce message imposé au consommateur et l’a contraint à continuer de fouiller dans son portefeuille pour acheter de la volaille. Sur le marché, les prix sont passés du simple au double. Cela signifie que pour le poulet moyen qui atteignait 2500 Fcfa il y a quelques mois, vous devrez désormais payer entre 5000 et 5500 FCFA. Après de nombreuses dénonciations des ménages, le gouvernement, à travers le ministère de l’Élevage, de la Pêche et de l’Industrie Animale (Minépia), vient de faire un virage à 180 °, décidant de revenir sur sa décision des œufs de novembre dernier. Le 22 mars 2021, le ministre responsable de l’élevage, Dr. Taïga à l’ambassadeur du Brésil au Cameroun pour l’importation de produits avicoles. «Dans le cadre du développement de la filière avicole camerounaise et de la diversification des fournisseurs grossistes, j’ai l’honneur d’accepter l’importation de produits et sous-produits avicoles du Brésil selon les exigences des installations sanitaires et zoos au Cameroun et au Brésil selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) », a écrit le Minépia dans une correspondance adressée au diplomate brésilien. L’ambiguïté dans la correspondance du ministre n’empêche clairement pas l’importation de poulet congelé, qui a été interdite au Cameroun en 2016 par les mêmes autorités. «Il n’y a pas de retour de poulet importé au Cameroun. L’objectif est de diversifier les sources d’approvisionnement en produits avicoles. Il s’agit de permettre aux acteurs de la filière avicole locale de transporter des œufs d’incubation ou des poussins d’un jour ou des parents du Brésil », explique François Djonou, président de l’Industrie avicole camerounaise (Ipavic), tentant de les rassurer. La pandémie de co-vid et la récurrence récente de la grippe aviaire dans certains pays européens sont des arguments que le gouvernement utilise pour expliquer la pénurie de poulet sur le marché. Quoi qu’il en soit, la décision du ministre chargé de l’élevage, de la pêche et de l’industrie animale d’importer des produits aviaires apparaît comme une solution cosmétique, selon les experts. Ceci dans le sens où la possibilité d’une reprise du secteur au niveau local est niée. Depuis la dernière épidémie de grippe aviaire au Cameroun en 2016, les producteurs locaux ont demandé en vain des subventions pour maintenir le secteur en vie. Pour les éleveurs basés au Cameroun, il est plus avantageux de produire localement des œufs et des poussins d’un jour. « Tous les éleveurs savent très bien que pour relancer notre filière depuis l’épidémie de grippe aviaire, il est nécessaire de produire des œufs et des poussins localement par introduction. » Poulets parents dans la chaîne. Parce que les parents pondent les œufs qui se transforment en poussins. Nous aurions pu investir dans l’achat de poules mères au lieu d’acheter constamment des œufs et des poussins en Europe », dénonce Yannick Kamgang, éleveur de volailles. Totalement contre l’importation d’œufs à couver et de poussins d’un jour, divers experts recommandent de les importer, mais les importer est utile. «Si nous avons les grands-parents au Cameroun, nous produirons localement, donc les éleveurs, et nous ne serons plus dépendants des pays étrangers». Pour les parents. Et nous aurons assez de poussins au Cameroun », a déclaré le président d’ipavic à la radio nationale. Les différentes approches proposées par les experts du secteur avicole pour éviter une pénurie de poulets sur le marché n’ont jamais vraiment été envisagées. Tout porte à croire que les importations de produits avicoles en provenance de l’étranger cachent d’énormes intérêts favorables aux fonctionnaires qui utilisent toutes les ressources pour rendre le Cameroun dépendant de ces volailles d’ailleurs. Sinon, comment pouvons-nous comprendre qu’aucune action prospective n’a jamais été entreprise pour protéger et soutenir la production locale? On pourrait également s’interroger sur la fermeture virtuelle de la ferme avicole de Mvog-Beti qui approvisionnait le marché en poussins et œufs à couver.

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