Au jour du 31 mars 2021, la dette du Cameroun envers la Chine s’élevait à 1 931,2 milliards de FCFA. Pour un budget 2021 de l’État estimé à 4865,2 milliards de FCFA. Cette dette représente, à elle seule, près de 39,69% du budget total du Cameroun. Elle est source de dépendance de l’État camerounais envers la Chine.

Exim Bank, Bank of China, et Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) sont les trois institutions chinoises de financement des chantiers publics, des infrastructures hydroélectriques, de construction des ports et aéroport ou d’exploitation des mines et du pétrole au sein des nombreux pays africains qui sollicitent une dette auprès de la Chine. Dans un premier abord, les contrats chinois contiennent des clauses de confidentialité inhabituelles qui empêchent les emprunteurs de révéler les termes ou même l’existence de la dette. Car, les fonds ne sont pas directement prêtés au débiteur. Le créancier chinois mandate une entreprise publique chinoise de construction recevant généralement le soutien de l’Eximbank pour réaliser des projets d’infrastructures avec l’accord du débiteur concerné. En contrepartie de la provision de ces infrastructures, le débiteur donne la possibilité à des entreprises chinoises le droit d’extraire des ressources naturelles, par l’acquisition de parts dans une entreprise nationale ou de licences. En 2004, Eximbank octroie un prêt à l’Angola pour la reconstruction des infrastructures contre une quantité déterminée de barils de pétrole (10 000 barils de pétrole par jour). En 2007 au  Gabon, un accord est conclu entre Eximbank et le gouvernement pour un prêt remboursable en minerais de fer venant de concessions de la région Bélinga, exploitées par Comibel. En 2009, à la suite d’un accord de prêt entre le Zimbabwe et la Chine, Eximbank octroie une dette au Zimbabwe en échange d’une équivalence en platine localisée dans ce pays.

La surenchère du remboursement

Les prêteurs chinois recherchent un avantage sur les autres créanciers, en utilisant des accords de garantie tels que des comptes de revenus contrôlés par ces créanciers et des promesses de garder la dette hors de la restructuration collective. Ainsi, l’emprunteur exclu toute tentative de restructuration de la dette d’autres créanciers bilatéraux officiels. Ce qui permet au créancier chinois de doubler ou de tripler les estimations de remboursement, contrairement aux accords de principes initiaux. Un contrat de ce genre a été envisagé en 2008 entre la République Démocratique du Congo (RDC) et un groupement d’entreprises chinoises (China Railway Group Limited et Sinohydro Corporation). Il comprenait l’engagement de la Chine de construire à peu près 3 500 km de routes et 3 500 km de voies ferrées, des voiries à Kinshasa, la construction de 5 000 logements, 31 hôpitaux et 145 centres de santé et cela pour un montant de six milliards de dollars. Ce montant est remboursable en matières premières (huit millions de tonnes de cuivre, deux cent mille tonnes de cobalt et 372 tonnes d’or) à travers la constitution d’une joint-venture, Sicomines (développement des mines de Mashamba West et Dikuluwe au Katanga). Une clause du contrat prévoyait en outre qu’en cas de baisse importante des cours de matières premières, la RDC assurerait le paiement du manque à gagner chinois. Après une évaluation des prix actualisés du cuivre, de l’or et du cobalt dont l’exploitation par la Chine devait contribuer au remboursement de cette dette, la RDC aurait été obligée de rembourser quatre à cinq fois la mise de départ.

Les projets chinois au Cameroun

Le Cameroun n’est pas à l’abri de cette diplomatie chinoise du piège de la dette ajustée autour de ces clauses et divers mécanismes bilatéraux, multilatéraux et commerciaux du surendettement. Sur un total de 10 grands projets inscrits dans la loi de finances 2021, au moins 06 sont financés à hauteur de 85% chacun, par l’une de ces multinationales chinoises. Il s’agit principalement : du Projet d’Aménagement hydroélectrique de Menve’ele de 211MW (financé à 85 % par Exim bank); du Projet de construction d’un aménagement hydroélectrique de 75 MW à Warak sur la Bini avec ligne de transport (financé à 85 % par ICBC); du Projet d’Alimentation en Eau Potable de la Ville de Yaoundé et ses environs (PAEPYS) (financé à 85 % par Exim bank); du Projet de construction de l’autoroute Yaoundé-Douala-phase 1 (financé à 85 % par Exim Bank); du Projet de construction de l’autoroute Edéa-kribi (lot1), Kribi-Lolabé, (financé à 85 % par Exim Bank) et  du Projet de construction de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen (Exim Bank finance la première phase) Ce surendettement est source d’une ingérence assez subtile, généralement inscrite dans le cadre idéologique du Soft Power, dans les affaires internes des débiteurs, selon l’analyse de Victoria Lickert sur les dérives locales de gouvernance issues du surendettement envers le créancier chinois. Victoria Lickert nous rappelle un incident survenu en août 2008 dans le village de Lolabé, entre la population, emmenée par le chef du village, qui exigeait l’arrêt immédiat des activités de la compagnie minière chinoise Sinosteel, soupçonnée d’exploiter illégalement le fer. Plus tard, le préfet et le sous-préfet se sont rendus à Lolabé pour répondre aux revendications en offrant du matériel scolaire, de l’alcool et des ballons en lieu et place de l’électricité, de l’eau et autres biens de première nécessité que réclamait la population de cette communauté.

Surendettement ou facteur de dépendance

En 2019, la Chine a annulé des prêts sans intérêt d’environ 21 milliards de FCFA que le Cameroun aurait dû régler en 2018 et reporté pour 2022, le remboursement d’une dette de 148 milliards de FCFA exigible sur la période Juillet 2019-Mars 2022. Un autre report de 30 milliards de FCFA a été constaté en 2020. En 2021, la Chine a, une fois de plus, reporté la dette de 15 milliards de FCFA qui auraient dû être remboursée par le Cameroun pour la période 2022-2025. Les diverses requêtes d’annulation ou de révision de la dette camerounaise donnent cependant lieu aux silences du gouvernement chinois. Pourtant, les contrats exigent que les emprunteurs financent des comptes spéciaux avec des revenus provenant de projets financés par le prêteur chinois ou avec des flux de trésorerie qui ne sont absolument pas liés à de tels projets. Ce qui veut dire que les recettes publiques restent en dehors du pays emprunteur et hors du contrôle de ce dernier. Les comptes offshores sont courants dans les transactions de financement de projets à recours limité, mais ils sont très inhabituels dans les prêts souverains contemporains à recours complet. Selon une des banques locales qui joue un rôle primordial dans ce flux monétaire est la Standard Chartered Bank, les fonds, très souvent déposés par la population chinoise du Cameroun dans cette dernière, ont un séjour assez court (pas plus de 6 mois). Ce qui fait que les fonds collectés par les Chinois à travers leurs opérations commerciales ne rentrent plus dans le circuit monétaire national entraînant la raréfaction de la monnaie dans le pays.

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