La compagnie de téléphonie mobile a été récemment épinglée par la tutelle, le ministère des Postes et des Télécommunications, lequel lui attribue au moins 60 milliards de F de dettes dus à ses prestataires. Si ça se trouve, l’insolvabilité de cette entreprise représente un véritable risque systémique et pourrait entrainer par effet domino une instabilité dans la chaine de production des services de communication électronique chez les autres les opérateurs du fait de leur interconnexion.

Le 7 juillet dernier, le ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, est passée à l’Assemblée Nationale, à l’occasion de la deuxième session parlementaire annuelle, pour échanger avec les députés sur les difficultés du secteur des télécommunications dont elle a la charge. Sur ces entrefaites, la patronne de ce département ministériel a fait des révélations au sujet de la situation de la compagnie de téléphonie mobile Nexttel (Viettel Cameroun), dont l’insolvabilité semble désormais exaspérer les autres opérateurs du secteur. « Nexttel ne paye plus sa dette, ne paye plus sa facture vis-à-vis de Orange, de Mtn, et de Camtel. Tous se plaignent et leurs chiffres d’affaires baissent à cause de Nexttel. On fait quoi de Nexttel ? On a besoin de maintenir la communication mais Nexttel est presque aujourd’hui insolvable », a déclaré Minette Libom Li Likeng, laissant clairement entendre que cette situation impactait fortement sur les activités des autres compagnies concurrentes : « L’argent que Camtel avait cru avoir, elle ne l’a plus. Orange espérait qu’il aura une offre de service et a plusieurs fois saisi l’Agence de régulation des télécommunications (ART) », a-t-elle renchéri. Quelques chiffres ont été avancés et concernent d’importantes sommes dues par Nexttel à quelques prestataires parmi lesquelles l’Agence de régulation des télécommunications dont la dette s’élève à 42,2 milliards de F ; la quote-part de Camtel est de 11 milliards, tandis que IHS Cameroun, une entreprise spécialisée dans l’acquisition et la maintenance des infrastructures de télécoms lui réclame 6 milliards de F. Pour ces trois prestataires, on se situe autour de 60 milliards de F, non sans évoquer les parts d’Orange et de MTN, qui n’ont pas été révélées par le ministre.

Contestation des chiffres

La situation de Nexttel n’est guère reluisante, et ses tensions de trésorerie constituent d’énormes risques pour le secteur des télécoms, même si au sein de la compagnie de téléphonie mobile, ont bat complètement en brèche les chiffres avancés par le Minpostel. « Ces déclarations sont fausses car tous les opérateurs doivent au régulateur et ces créances sont souvent contestées. Pour ce qui est de l’ART, une de nos contestations nous a permis la réduction de 3 milliards de F sur la créance et le contentieux est en cours. Il en est de même avec IHS à qui nous devons certainement, mais il faut faire des réconciliations sur le montant donné. Il en est de même pour Camtel. Il et à préciser que ces chiffres sont confidentiels et ne devraient pas être publiés par Mme le ministre », a réagi Moussa Ousseini, le Chef de la Communication de Nexttel, contacté par notre rédaction. Il va sans dire que l’entreprise conteste les chiffres avancés par la tutelle, même si elle n’en dit pas plus sur les montants querellés. Il n’empêche qu’au Minpostel, l’on estime que l’insolvabilité de Nexttel Cameroun vis-à-vis des autres acteurs du secteur risque de porter un coup sur le mécanisme de redevances perçues par le régulateur et les charges d’exploitation des autres opérateurs. « Plus encore, elle constitue à date un risque systémique qui pourrait déclencher une grande instabilité ou provoquer l’effondrement de toute la chaine de production des services de communications électroniques au regard du fait que les opérateurs sont interconnectés les uns les autres, la défaillance aigue de l’un peut entrainer celles des autres », analyse par ailleurs un cadre du Minpostel. Il importe de préciser que Nexttel reste empêtrée dans des bisbilles judiciaires avec son partenaire vietnamien Viettel Global Joint Stock. Les deux entités sont tout de même engagées sur la voie des négociations pour en finir avec cette affaire.

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