L’Union européenne (UE) ne lâche pas le Cameroun au sujet du rapport d’audit sur l’utilisation des fonds Covid-19. Après les rendez-manqués (au cours de la session parlementaire de mars 2021, et le 25 juin dernier où une séance plénière avait même déjà été programmée à cet effet à l’Assemblée nationale), le groupe de 27 exige la publication « dans les meilleurs délais », dudit rapport d’audit et « l’organisation d’un débat parlementaire afin d’en tirer les conclusions administratives et judiciaires qui s’imposent ».

Lors de la 9e session du Comité de pilotage de la plateforme de dialogue sur les finances publiques présidée par Louis Paul Motazé, ministre des Finances (Minfi), Cette exigence formulée par Philippe Van Dame, chef de la délégation de l’UE au Cameroun, a été explicitement exprimée. La position de l’UE est également partagée par l’essentiel des partenaires techniques et financiers du Cameroun impliqués dans la riposte contre le Covid-19. Notamment la Banque africaine de développement, le Fonds monétaire international, le Programme des Nations Unies pour le développement, la coopération allemande à travers la GIZ et le KFW. C’est d’ailleurs au nom de ce groupe que Philippe Van Dame, s’est exprimé le 5 août dernier à Yaoundé.

Préoccupations

« Nous sommes d’avis que l’utilisation efficace et efficiente des ressources publiques devrait demeurer une préoccupation majeure du gouvernement », a insisté le diplomate européen. Bien plus. « Cela viendrait confirmer la détermination du gouvernement pour plus de transparence et de recevabilité dans la gestion des fonds », soutient Philippe Van Dame. « Au nom des partenaires techniques et financiers, nous tenons à souligner la situation de la Chambre des Comptes qui a démontré sa capacité à mener une analyse indépendante de l’utilisation des fonds publics, mais dont les résultats n’ont pas encore pu être présentés au parlement », a déclaré le chef de la délégation de l’UE. Dans la « Lettre d’intention pour l’accès aux ressources de la Facilité de Crédit Rapide » adressée le 5 octobre 2020 par le ministre des Finances (Minfi) à la directrice générale du FMI, le gouvernement s’était entre autres engagé à « commander un audit indépendant de ces dépenses à la fin de l’exercice 2020 et en publier les résultats ». Un engagement que le pays peine à respecter.

Covidgate

Cette sortie de l’UE intervient dans un contexte marqué par le scandale qui entoure la gestion des fonds covid-19. Dans le cadre d’une enquête ouverte à ce sujet par le Tribunal criminel spécial (TCS), des membres du gouvernement, des hauts fonctionnaires et des hommes d’affaires sont entendus depuis plusieurs mois par cette juridiction chargée de la répression des crimes économiques. Certains parmi eux sont soupçonnés de corruption ou de détournement de deniers publics. Au mois de juin 2021, une synthèse du premier rapport d’audit de la Chambre des Comptes sur l’utilisation des ressources du Fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus a fuité dans la presse. Dans ce document, l’instance s’appesantit en particulier sur les ministères de la Santé publique (Minsante) et celui de la Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi). Elle constate que « le système organisationnel et la gestion financière des ressources ont mis à jour des faiblesses et révélé de nombreux abus ». Ce rapport de synthèse relève au total 30 cas de faute de gestion des responsables du Minsante et du Minresi. Dans ce document, la Chambre des comptes recommande l’ouverture de 14 procédures dont 12 portants sur des faits susceptibles de constituer des infractions à la loi pénale.

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