Rien ne va plus entre Yaoundé et nombre d’ONG internationales qui font le monitoring des crises camerounaises.

Alors que les sorties de ces associations font de tout temps l’objet de critiques sévères et de rejet systématique par les défenseurs du pouvoir, dans un communiqué rendu public fin août, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a donné un mois à l’ensemble des associations étrangères pour se faire identifier en menaçant les contrevenantes d’interdiction d’activité. Paul Atanga Nji a invité les représentants de ces associations étrangères exerçant au Cameroun «à bien vouloir déposer à la direction des affaires politiques» de son ministère un dossier composé d’une dizaine de pièces qu’il a pris le soin d’énumérer dans sa note. Au total, plus d’une quarantaine seraient concernées d’après des sources internes. Pour le ministre de l’Administration territoriale, il s’agit d’une «opération d’actualisation du fichier desdites associations». Seulement cette sortie de Yaoundé arrive dans un contexte particulier marqué par des rapports accablants émis par certaines ONG au sujet des exactions commises de part et d’autre dans le pays, notamment pendant le conflit séparatiste. Pour sa part, le gouvernement n’a jamais été avare en ripostes musclées, qu’il déployait à coup de communiqués et autres déclarations publiques, dédouanant son armée tout en criant au complot. Yaoundé est même allé un peu plus loin en suspendant en décembre 2020 les activités de Médecin sans frontières (MSF), dans le Nord-Ouest au motif que cette organisation internationale se serait rendue coupable de collusion, selon les accusations de Yaoundé, avec les groupes armés locaux. Au-delà de ces formalités administratives, la situation pourrait s’apparenter à une épée de Damoclès qui plane au-dessus des ONG concernées. Malheureusement et comme c’est le cas depuis plusieurs années déjà, c’est toujours la logique du bâton et de la répression qui prime. Soulignant un contexte sociopolitique conflictuel, Hilaire Kamga, juriste spécialiste des questions des droits de l’Homme, inscrit cette sortie de Yaoundé dans la «continuité historique d’une logique de contrôle ou alors de mise sous tutelle des organisations opérant au Cameroun».   «Il y a là une idée manifeste de mettre sous contrôle les organisations étrangères actives au Cameroun ou de les menacer. L’ensemble du monde associatif au Cameroun est concerné, particulièrement les organisations qui s’intéressent à la crise anglophone et à la gestion de cette crise». Dans un rapport rendu public début août, Human Right Watch (HRW) dénonçait déjà la suspension de MSF en pensant qu’il s’agissait d’une tentative manifeste de Yaoundé de «limiter les informations faisant état de violations des droits humains par les forces de sécurité et d’empêcher une surveillance internationale de la crise anglophone».

Agents de déstabilisation

Alors que le pays fait face aux crises protéiformes dont l’une des plus meurtrières demeure la guerre de Sécession dans les régions anglophones du Cameroun, les ONG internationales s’apparentent, dans la logique du gouvernement, à un problème supplémentaire à résoudre. En témoigne l’attitude des médias pro-pouvoir qui n’hésitent pas à leur coller l’étiquette d’agent de déstabilisation. au sujet d’un rapport d’Amnesty International sur le recul des libertés et de la démocratie au Cameroun, Jean De Dieu Momo, ministre délégué à la Justice, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, traitant ces ONG «d’instruments de suprématie» des grandes puissances: «Les droits de l’Homme sont devenus une arme de déstabilisation (…) Nous peinons à devenir des États souverains tout simplement parce que les grandes puissances se servent des droits de l’Homme et des ONG pour nous salir et pour mentir». Dans une récente intervention à la radio nationale, le ministre de l’Administration territoriale abonde dans le même sens. Il souligne que certaines ONG ne respectent pas la loi: «Notre logique, c’est d’abord la sensibilisation, l’éducation, ensuite on va passer à l’étape répressive (…) et elles vont plier bagage et on ne va plus parler de ces ONG-là». Des propos qui découlent, pense Hilaire Kamga, de l’incapacité de Yaoundé à avoir la main mise sur certaines associations dans un contexte de crise: «Il va de soi que si l’on n’arrive pas à contrôler les ONG, si les ONG refusent d’être des porte-paroles de l’action gouvernementale et qu’on est dans une posture anti-démocratique, on ne peut que craindre leur action. Si on était dans une posture totalement démocratique, et qu’on faisait les choses de manière transparente et selon les prescriptions du droit international et du droit international humanitaire, à ce moment-là, on n’aurait pas peur des ONG».

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