Bureau de l’Ordre national des médecins

L’élection du bureau de l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) n’aura lieu qu’en mars prochain. Mais déjà, la guerre de succession pour le contrôle de « cet outil d’influence » est ouverte. La semaine dernière, l’intensité de cette bataille de positionnement est montée d’un cran avec la mise en circulation de deux documents au sein des cercles médicaux. Le premier, une lettre ouverte adressée au président sortant de l’ONMC, le Dr Guy Sandjon. Auteur de cette missive, le Dr Rodolphe Fonkoua.

Ce conseiller au sein de l’Ordre dénonce « de graves dysfonctionnements et autres abus au sein de l’ONMC qui ternissent l’image de toute la profession médicale ». Le pamphlet du promoteur de la Polyclinique Idimed basée à Douala pointe plusieurs griefs. Notamment l’accumulation des dossiers des confrères au siège de l’ordre, au-delà du délai de forclusion de 90 jours ; l’absence de la tenue des conseils et l’institution d’une approche « discriminatoire » dans l’assistance faite aux confrères décédés. La correspondance critique également l’instauration d’une pénalité de 30% pour retard de cotisation annuelle à tout ancien membre. Au sens du Dr Rodolphe Fonkoua, cette mesure « participe tout simplement d’un calcul électoraliste ». Last but not least, le conseiller de l’ONMC reproche au président Guy Sandjon et à ses soutiens d’avoir relégué au second plan, les missions régaliennes de l’Ordre dont l’une est la résolution prioritaire des problèmes des médecins tels que l’inscription au tableau de l’Ordre, l’exercice en clientèle privée, le changement d’aire géographique, etc. Le 2e document est également une lettre ouverte. Destinée cette fois « aux médecins du Cameroun », elle porte l’estampille du Dr Pierre Bassong, ex-président du Syndicat des médecins du Cameroun (Symec). La production épistolaire de deux pages s’apparente aussi à un réquisitoire contre les patrons actuels de l’Ordre national des médecins du Cameroun. Concrètement, Pierre Bassong s’insurge contre le non-respect des dispositions légales au sein de l’ONMC. Principalement, l’absence d’un président de l’Assemblée générale et d’un règlement intérieur au sein de l’ONMC. Pour étayer ses propos, il convoque l’article 25, alinéa 3, de la loi du 10 août 1990 relative à l’exercice et à l’organisation de la profession de médecin ; et le décret d’application de ladite loi du 22 juillet 1992, en son article 7. « C’est le règlement intérieur qui devrait définir le code électoral. Autrement dit et pour le moment, c’est le président qui gère tout, dit qui est candidat et qui ne l’est pas. C’est illégal et immoral d’être juge et partie » charge le médecin-neurologue contacté par L’urgentiste. Il poursuit : « L’absence de l’AG donne de super pouvoirs au président de l’ONMC qui devient de fait président de deux organes de l’ONMC à savoir l’AG et le conseil de l’ONMC. Ce manquement ne permet pas à l’ONMC de fonctionner normalement ». Un avis partagé par le Dr Fonkoua, qui évoque « le refus systématique » de mettre en place ces deux instruments réglementaires « capitaux de régulation et de transparence ». Au sein du bureau de l’Ordre, une ligne de défense est avancée. « Il y a toujours à dire sur nos textes. Même sur la Constitution du Cameroun. Mais entre-temps, il faut appliquer ceux qui sont là depuis le Pr Essomba. Et ceux qui dénoncent ces textes se sont fait élire par les mêmes textes », argue un membre du bureau. Au sein de certaines représentations de la diaspora, l’on y voit « un courrier vide de toute substance » ; « des attaques personnelles » ; « une campagne électorale à peine voilée » ; « des manouvres de bas étages » ; « de la calomnie ». Du côté des syndicalistes, le choix de dénoncer l’absence de ces dispositions légales à quelques semaines du renouvellement des organes est guidé par une motivation particulière. « C’est parce que plusieurs promesses de changement ont été faites secrètement, mais depuis, l’inertie a fini par reprendre le dessus. Et nous risquons un scénario conflictuel, car plusieurs confrères sont indignés et sont prêts à mettre un terme à ces irrégularités », précise le Dr Pierre Bassong.

Trahison… préélectorale

Contacté, le président de l’ONMC n’a pas souhaité répondre à nos questions en rapport avec ces sorties à charge. « Les gens s’attendent à ce que je parle. Je ne dirai rien », a-t-il laissé entendre. Mais le gynécologue de renom a inévitablement l’esprit alerte sur les dits et les non-dits de ses contestateurs. Et si la réserve semble être le mot d’ordre dans son entourage, certains de ses lieutenants cachent mal l‘agacement du groupe après la lettre du Dr Fonkoua. « Il était présenté et considéré jusque-là comme un ami du président sortant de l’ONMC », commente une source proche du bureau de l’Ordre. On se souvient par exemple qu’il y a deux ans, alors que la Polyclinique Idimed faisait l’objet d’une procédure de fermeture, c’est le Dr Guy Sandjon qui est monté au filet pour défendre son confrère Fonkoua mis en difficulté par le ministre de la Santé publique. Pour les proches du président de l’ONMC, la sortie de Dr Fonkoua sonne « comme une trahison » dans un contexte préélectoral. Même comme pour l’instant, le Dr Guy Sandjon se fait taiseux sur sa décision de briguer ou pas un nouveau mandat à la tête de l’ONMC. En bon stratège, joue-t-il la montre ? Just wait and see !

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