L’épidémie de choléra a refait surface au Cameroun. Elle a déjà fait cinq morts et une cinquantaine de cas enregistrés dans la région du Sud-Ouest séparatiste et du Littoral. Alors que le pays vient de recevoir des doses de vaccin destinées à combattre le choléra, des spécialistes recommandent aussi une sensibilisation plus accrue des populations.

L’alerte est de nouveau donnée au Cameroun. Alors que le pays abrite la 33e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), les autorités viennent d’annoncer la propagation d’une épidémie de choléra dans la région côtière du Sud-Ouest, en proie à une violence séparatiste depuis quatre ans, et dans la région voisine du Littoral. Le bilan au 3 février fait état de cinq morts, dont trois sur les 25 cas enregistrés à l’hôpital du district de Buea (Sud-Ouest). Et deux morts enregistrés sur les 12 cas déclarés dans le Moungo, région du Littoral. Décryptant pour Sputnik les causes de cette résurgence constante de la maladie dans ces localités, Vanessa Tchatchouang, médecin épidémiologiste, souligne que la réapparition de « cette maladie est la conséquence des mauvaises conditions d’hygiène ». « Et il faut aussi savoir que le contexte de guerre dans lequel est plongée l’une des régions [Sud-Ouest, ndlr] ne permet pas aux autorités de se déployer comme elles le devraient. Et avec le flux migratoire non surveillé d’une région à l’autre, l’épidémie risque de se propager », explique-t-elle au micro de notre reporter.

Une épidémie omniprésente

En effet, la maladie a fini par s’installer dans la carte sanitaire du Cameroun et resurgit plusieurs fois dans l’année. Fin 2021, Malachie Manaouda, le ministre de la Santé publique, révélait dans un communiqué rendu public la réapparition de la maladie à Yaoundé, la capitale camerounaise, et dans la localité d’Ekondo Titi, région du Sud-Ouest anglophone, entre les 27 et 30 octobre 2021. En mai 2020, la maladie a fait quatre victimes pour une vingtaine de cas enregistrés à Douala, la capitale économique. Plus tôt au mois de janvier 2020, de nombreuses contaminations avaient été signalées, notamment dans plusieurs arrondissements de la même ville. Au mois d’août 2020, dans tout le pays, l’on dénombrait déjà plus de 14.000 détections, pour un total de 66 décès. Dans les principales villes du pays où les populations vivent dans une certaine promiscuité et où l’insalubrité rythme le quotidien des ménages, le choléra, qui se transmet par contact avec des aliments ou de l’eau souillés par des matières fécales, trouve un terreau propice à son expansion. Alors que le Cameroun est loin d’avoir vaincu l’épidémie de Covid-19, pour laquelle ont déjà été recensés 116.718 cas, pour 1.880 décès à la date du 3 février, les autorités administratives invitent « les populations à faire preuve de prudence et leur recommandent le respect des mesures d’hygiène ». « Le choléra évolue sournoisement et le manque de moyens matériels et humains ainsi que l’enclavement des zones touchées rendent difficile la maîtrise de cette épidémie. Nous sommes aux portes de la saison pluvieuse et ce n’est pas une bonne nouvelle, car la propagation pourrait s’accélérer si rien n’est fait », prévient la Dr Vanessa Tchatchouang.

Le vaccin pour barrer la voie à la maladie

Dans son plan de riposte contre la maladie, le Cameroun a reçu, fin janvier, 204.000 doses de vaccin « Euvichol » destinées à combattre le choléra dans les zones côtières de la région du Sud-Ouest. Ces vaccins admissibles par voie orale proviennent de l’Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation (GAVI). Une campagne de vaccination est par ailleurs annoncée par le gouvernement du 18 au 23 février. Une solution qui, souligne la Dr Vanessa Tchatchouang, pourrait faire reculer le risque, même s’il faudra convaincre les populations dans un contexte où la réticence vaccinale est encore à son pic. « Il a été prouvé que le vaccin a toujours eu des résultats positifs dans la lutte contre les épidémies. Par conséquent, le vaccin contre le choléra est une solution pour endiguer le phénomène. Cependant, faire vacciner les populations qui actuellement sont réfractaires à la vaccination en général ne sera pas tâche facile. Alors, il faut mettre l’accent sur l’éducation des populations, la communication et la sensibilisation », suggère l’épidémiologiste. Selon la plateforme « Choléra en Afrique de l’Ouest et centrale », une organisation de lutte contre la maladie, le choléra est apparu pour la première fois au Cameroun en 1971. Depuis 1990, des épidémies importantes ont été enregistrées, notamment en 1991, 1996, 1998, 2004, 2010 et 2011. La tendance générale montre une augmentation annuelle du nombre de cas. Entre 2004 et 2016, la surveillance épidémiologique a notifié 50.007 personnes infectées avec 2.052 décès, soit un taux de létalité élevé de 4,1%. Les principales épidémies ont été enregistrées dans les régions du Nord et de l’Extrême Nord, dans le sud du pays et dans la région du Littoral, qui abrite la ville de Douala, capitale économique du Cameroun.

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