Les initiatives en vue de faciliter la mobilité des citoyens à Yaoundé peinent à sortir des sentiers battus. Après la société « Le Bus », qui n’a pas résisté aux contraintes conjoncturelles de son ère, la nouvelle compagnie qui lui a succédée, « Stecy S.A », est aussi en train de piquer du nez. Entre grèves à répétition des employés et l’insolvabilité de l’Etat entre autres, les mêmes causes finissent toujours par produire les mêmes effets.

Depuis le 18 mai dernier, les employés de la Société de transport et d’équipement collectif de Yaoundé (Stecy) S.A, la compagnie de transport urbain de masse dans la capitale camerounaise, sont aux abois. Ils sont vent debout contre leur administration, et revendiquent le paiement de 5 mois d’arriérés de salaire. Le 27 mai dernier encore, ils se sont mobilisés devant le siège de l’entreprise sis au quartier « Bata-Nlongkak » à Yaoundé, pour exprimer leur ras-le-bol et ont bloqué l’accès à l’enceinte de a structure. Les employés révèlent qu’ils n’ont plus été payés depuis le mois de janvier dernier, outre des arriérés relevant des précédentes années. Ils s’offusquent aussi de l’indifférence de leur administration face à leurs revendications. Au mois d’avril dernier, ils avaient déjà battu le pavé pendant quatre jours pour les mêmes raisons avant de mettre la pédale douce. Une situation qui trahit à peine le malaise de Stecy S.A., dont les activités ont officiellement été lancées le 25 mars 2017. La filiale du groupe portugais Eximetrans Irmaös/Mota fait face aux tensions de trésorerie de manière récurrente dues en partie à l’insolvabilité de l’Etat. En effet, lors de la signature du contrat entre le groupe portugais et l’Etat le 30 août 2016, la partie camerounaise avait pris l’engagement de verser une subvention d’équilibre de 1,675 milliard de F à l’entreprise par tranches trimestrielles, et ce pendant 30 jours. En conséquence, le ticket de transport revenait à 200F à l’usager, au lieu de 500F. Un engagement qui ne sera presque pas tenu à temps. Stecy S.A a traversé les années 2017 et 2018 sans recevoir la subvention étatique, et cumulait en outre des pertes chiffrées à 2 milliards de F. Ce n’est qu’en janvier 2019 que la structure va percevoir une partie de la subvention de 2017, et face aux difficultés structurelles qu’elle traverse, elle va s’en servir pour restructurer sa dette auprès de ses partenaires financiers, mettre à jour sa situation avec le fisc, et régler les cotisations sociales pour le compte de l’année 2017. Mais l’entreprise demeure dans le même engrenage du déficit de ressources et subit sévèrement les contraintes conjoncturelles de son ère.

                                                               Il était une fois la Sotuc et « Le Bus »

La compagnie Stecy S.A qui détient le monopole du transport urbain de masse à Yaoundé, est née des cendres de la défunte société « Le Bus », elle-même descendant de son ancêtre, la Société des transports Urbains du Cameroun (Sotuc). Arrivée en 2006 dans un contexte marqué par une croissance démographique exponentielle des villes camerounaises, « Le Bus » s’était donné pour mission d’assurer la mobilité des personnes dans la ville de Yaoundé sur de longues distances et à un prix relativement réduit de 150F, l’Etat devant subventionner une partie des coûts. Mission qu’il n’accomplira pas toujours dans les délais, et outre le non reversement de ces subventions, l’entreprise sera également confrontée à la vétusté de son parc automobile. La convention signée entre l’Etat et le groupe américain Parker International Industries, l’Etat s’était engagé à accorder des exonérations douanières à l’importation des pièces de rechange des véhicules en provenance de la Chine chez son concessionnaire, en vue de viabiliser le parc automobile de « Le Bus ». Une mesure qui ne sera malheureusement pas appliquée par la Douane camerounaise, et la société se sentira obligée de s’acquitter de ces droits de douane, ce qui contribue sérieusement à fragiliser sa trésorerie. Pour sa part, la Sotuc, créée en 1973, tombe en faillite 25 ans plus tard avec une dette estimée à 60 milliards de F et des pertes évaluées à 47 milliards. Elle sera mise en liquidation le 23 février 1995.

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