Les autorités camerounaises reconnaissent du bout des lèvres la présence d’une nouvelle épizootie sur le territoire nationale, mais semblent encore hésiter à étoffer le dispositif de riposte. La filière qui avait atteint une production annuelle d’environ 3,729 millions de têtes en passe d’être déstructurée.

Le Dr Taïga se terre derrière un mutisme qui ne s’explique pas au moment même où la survie de l’une des filières les plus structurées de son secteur et les plus prometteuses de l’économie camerounaise est plus que menacée. Selon la Banque africaine de développement (Bad), la filière porcine fait partie, avec le bovin, le poisson et la volaille, des quatre filières majeures sur lesquelles le Cameroun devrait appuyer sa croissance. C’est dans cette logique qu’en avril 2021, l’institution financière a débloqué en faveur du pays une enveloppe de 55 milliards Fcfa pour accompagner la mise en œuvre du Projet de développement des chaînes de valeurs de l’élevage et de la pisciculture (Pdcvep), dont le coût total s’élève à 65 milliards Fcfa. Cet outil est censé améliorer les performances génétiques des races bovines et porcines. Avant ce projet, le gouvernement a financé depuis 2014 et pour plusieurs milliards Fcfa, la mise en place d’une demi-dizaine d’agropoles de production, de transformation et de commercialisation de la viande porcine à Abang et Dibang (Centre), Kribi (Sud), Batoufam (Ouest), entre autres localités. L’implantation du premier agropole, qui visait une production de 26000 porcs par an, avait coûté 4,9 milliards Fcfa.

Politique de l’autruche

Edéa (Littoral), Bafia (Centre), entre autres localités, les alertes fusaient de partout depuis plusieurs mois sur une probable présence de la peste porcine au Cameroun. Les services déconcentrés du ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia) ont à chaque fois réagi en parlant de fausses alertes, sans motiver leurs démentis par des explications sur ce qui était à l’origine du nombre élevé de décès de bêtes dans les fermes et ce, dans différents bassins de production à travers le pays. Ils sont rattrapés dans cette politique de l’autruche depuis la première moitié du mois de juillet en cours, avec la saisie à Melong dans la région du Littoral, d’une importante cargaison de porcs tués par la maladie et qui étaient acheminés vers Douala pour être vendus. Des prélèvements ont immédiatement été effectués sur ces bêtes mortes et envoyés au Laboratoire nationale vétérinaire (Lanavet). Bien que les résultats se soient avérés positifs après quelques jours d’attente, le gouvernement ne donne pas l’impression d’avoir véritablement pris la mesure de la menace. Jusque-là, la première véritable action de riposte est venue de l’Ouest où le gouverneur, Awa Fonka Augustine, a ordonné la fermeture jusqu’à nouvel ordre des marchés de commercialisation des porcs. Sans expliquer l’ampleur de l’épizootie dans cette région qui compte parmi les plus grands bassins de production, l’autorité administrative a expliqué que sa mesure qui s’étend à la circulation des bêtes visait à freiner la propagation de la maladie et protéger le cheptel. Le gouverneur de la région voisine du Nord-Ouest a emboîté le pas à son homologue en interdisant la circulation et le transport du porc sur l’étendue de son unité administrative. Mais au niveau central, la réaction du gouvernement se fait toujours attendre : pas une seule déclaration du ministre de l’Elevage, des Pêche et des Industries animales jusque-là.

Déficit

Ces initiatives et bien d’autres projets développés par des privés à l’échelle du pays dans la perspective de la résorption du déficit de production de viande en porc chiffré à 17000 tonnes il y a six ans, lesquels commençaient à porter des fruits ; du moins si l’on en croit le Minepia qui faisait savoir en 2018 que les porcins avaient connu une croissance de leur cheptel de 2,8 millions de têtes en 2014 à 3,5 millions de sujets en 2016. En 2018, le cheptel était estimé à 3,729 millions de têtes. Pour l’heure, 5 régions sur les 10 que compte le Cameroun seraient déjà touchées par la nouvelle épizootie de peste porcine africaine. Il y a donc urgence à agir pour sauver les meubles en prenant toutes les dispositions, par exemple, pour que le principal bassin de production de porcs, l’Extrême-Nord, en l’occurrence, continue d’être épargné. La filière avait en partie été déstructurée par l’épizootie de 2014 qui avait rapidement été maîtrisée. Par-delà la lutte contre la propagation de la maladie, le gouvernement devra penser à amortir les pertes non assurées des éleveurs des bassins déjà touchés, qui sont énormes afin de relancer le plus rapidement la filière qui ambitionnait au début de la décennie 2010 d’aller à la conquête des 124 millions de consommateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac).

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